Liga - Le Real au couvre-feu des ambitions
L'état de grâce est définitivement terminé. Place au doute et au couvre-feu des ambitions. Le Real Madrid de Florentino Perez connaît ses premières turbulences. Et le faux-pas face à Alcorcon, en 16e de finale de la Coupe du Roi, en est l'expression la plus extrême.
La feuille de match est comme la quatrième de couverture d'un roman Harlequin. C'est l'histoire d'un divorce, prononcé au terme d'une idylle chaotique et impossible. Mais si l'amour triomphe toujours dans les romans à l'eau de rose, en football, les séparations sont brutales et les ruptures, inéluctables. Certaines choses ne se pardonnent pas et c'est sans doute ce que Manuel Pellegrini va expérimenter dans les prochains jours.
Faute professionnelle
Au départ, il s'agissait d'un banal 16e de finale aller de la Coupe du Roi. Un match que Manuel Pellegrini, l'entraîneur du Real, ne voulait pas brader, conscient qu'il jouait très gros. Même s'il avait choisi de laisser Casillas, Kakà, ou encore Sergio Ramos au repos (Cristiano Ronaldo est toujours blessé à la cheville), son équipe-type avait fière allure : Dudek - Arbeloa, Albiol, Metzelder, Drenthe - Granero, Diarra, Guti, Van der Vaart - Raùl, Benzema (remplaçants : Adan, Garay, Marcelo, Gago y Van Nistelrooy). Dans quinze jours, il devra pourtant passer cinq buts à son bourreau, sans en encaisser un, pour espérer poursuivre sa route en Coupe du Roi, l'objectif le plus modeste cette année pour le club qui verra son stade abriter la finale de la C1, mais un objectif qui aujourd'hui parait quasiment impossible à réaliser. Ironie...
Le voisin d'Alcorcon (une quinzaine de kilomètres seulement séparent les deux villes !) a donné une véritable leçon d'envie et de professionnalisme au meilleur club du 20e siècle. Oui, professionnalisme, car c'est d'une véritable faute professionnelle qu'il s'agit. Pour Marca, le Real a tout simplement subi « la plus grosse claque de son histoire » dans un stade Municipal de Santo Domingo chauffé... à blanc. Enkysté dans une sommaire tribune présidentielle à mille lieux du Palco de Bernabeu, Florentino Perez a vu son équipe de stars se faire laminer par une formation au budget 300 fois moins élevé. Valdano parle d'une leçon d'humilité, il s'agit plutôt d'une leçon d'histoire pour les générations à venir. « Ridicule pour l'histoire » titre d'ailleurs (AS). L'an passé, déjà, la Maison Blanche, fissurée ce soir à tous les étages, avait été sortie de la compétition à ce stade de l'épreuve par le Real Union Irun, autre club de Segunda B. Mais rarement elle aura vécu un tel morcellement de sa réputation, une telle avanie. Le dinosaure madrilène ne vit que sur ses acquis et sur la pérennisation d'un mythe forgé il y a très longtemps. Et les questions qui tiraillent aujourd'hui les observateurs demeurent. Benzema, pointe ou épine ? Marcelo, faux défenseur ou faux problème ? La Ronaldo dépendance, arbre qui cache la forêt ? Les joueurs ont-ils lâché Pellegrini ? Est-il l'homme de la situation ? Match après match, le registre des doléances s'épaissit, tandis que le cahier des charges, lui, est toujours désespérément poussiéreux.